Imre Pan, le sens de la fête
à propos des très petits formats de Roger Dérieux
Nous parlons de la peinture, de cet art royal dont la reine est la couleur. Aujourd’hui, on aime la lumière noire (et pour cause). Dans la main de certains artistes, ce noir devient incontestablement lumineux ; ainsi Matisse et Robert Delaunay étaient les prophètes de l’arc-en-ciel. Les cubistes ont éteint cette lumière (ils ont peint des tableaux gris) pour mieux voir la structure, la forme. Nous savons aujourd’hui que le destin de Matisse et celui de Robert Delaunay, donc du fauvisme et de l’orphisme, se sont aussi séparés : Matisse a continué à chercher le corps lumineux, tandis que la lumière des Delaunay a entièrement anéanti le corps. Quant à Roger de la Fresnay, ce merveilleux « petit-maître », il a détaché les facettes de la lumière, pour construire avec elles un lieu resté inachevé, hélas.
On serait tenté de dire que Roger Dérieux continue cette oeuvre, mais cela serait sans doute une exagération. Ce qui est sûr et certain, c’est qu’il possède lui aussi cet élément lumineux – les vitres du soleil – qu’utilisaient de la Fresnay, André Lhote, Jacques Villon et qu’utilise aujourd’hui André Beaudin. C’est à cause de cela qu’il est hanté par les fenêtres, comme les fauves ; même quand celles-ci sont fermées, l’image reste ouverte.
Dérieux fut élève de Picabia et de Lhote. Le premier lui a enseigné la loi de la liberté absolue et le second, le principe de ne jamais se permettre la liberté. C’est ainsi que – de ses contradictions, de ses affinités et de ses hésitations – Dérieux a créé une peinture où tout se dissout dans la lumière, dénominateur commun de son monde. Fort heureusement, il a appris encore quelque chose de son premier maître, Picabia qui professait : « Il faut traverser la vie, prêt à l’extrême pour la fête. » Dérieux a le sens de la fête et ses petits dessins en couleurs, ses « huiles sur papier » sont de véritables feux de joie – ils flottent comme des drapeaux, respirent comme des fleurs. Certains lui reprochent d’introduire trop d’éléments figuratifs dans son kaléïdoscope et c’est vrai, mais ajoutons qu’il le secoue bien.
Imre Pan (1904-1972)
poète, critique, éditeur, libraire, commissaire d’exposition

Nu jaune à la toilette
G00 00128 1961 000000
Nu jaune à la toilette
1961
Gouache sur papier
13,2 x 9,7 cm
Collection particulière, Cahors

Les champs (Ardèche)
PP0 00284 1963 000656
Les champs (Ardèche)
1963
Huile sur panneau
21 x 13,5 cm
Collection particulière, Cahors

Cueilleuse
HSP 00252 0000 002223
Cueilleuse
Année inconnue
Huile sur papier
14 x 18 cm
Collection particulière, Cremps

Nu à la ville
HSP 00170 1975 000000
Nu à la ville
1975
Huile sur papier
11,3 x 15 cm
Collection particulière, Cahors

Ardèche
HSP 00085 1999 000000
Ardèche
1999
Huile sur papier
8,5 x 10 cm
Collection particulière, Cahors
